
Destinations· 10 min de lecture·8 octobre 2024
Lima en mode VIP : l’art d’habiter la capitale en deux ou trois jours
Au-delà de Miraflores et des grandes tables, un guide réfléchi pour les jours où Lima est une destination et non une escale.
Par Kada Travel Editorial
Il y a un moment, juste après cinq heures de l'après-midi, où le soleil entre en oblique par les fenêtres du bar du Country Club de Lima et où le barman, sans un mot, commence à préparer des pisco sours. Ce n'est pas un rituel monté pour les clients : c'est la liturgie quotidienne d'une ville qui a fait de l'apéritif un art privé. La lumière est anglaise, le bois est péruvien, et le silence — car le bar est silencieux, même plein — repose de la Lima du trafic que l'on vient de traverser pour arriver.
Ce contraste — le bruit dehors, la cérémonie dedans — est la première leçon de Lima. La ville ne se livre pas entière au visiteur pressé. Il faut savoir où regarder, à quelle heure traverser, dans quels quartiers descendre de voiture. Ce guide réunit deux itinéraires — l'un de deux nuits, l'autre de trois — pensés pour le voyageur qui traverse Lima comme il traverserait une ville européenne de taille moyenne : avec du temps, avec des réservations, avec de l'attente.
Premier jour : le sud, lentement
Le premier jour se prend toujours par le sud. Non par caprice touristique, mais parce que la géographie l'impose : l'aéroport est au Callao, les bonnes maisons sont à San Isidro, Miraflores et Barranco, et l'ordre naturel de la découverte va du plus institutionnel au plus bohème.
San Isidro est le quartier du pouvoir financier liménien. El Olivar — une oliveraie plantée au XVIe siècle, dont les arbres donnent encore — en est le cœur vert. Autour, des immeubles de verre des années quatre-vingt-dix, des résidences diplomatiques et deux maisons dont on parle : le Country Club Lima Hotel, construction républicaine de 1927 avec sa bibliothèque et ses œuvres originales, et le Westin, tour de verre de trente étages offrant la meilleure vue panoramique de la ville. On déjeune dans la première, on dîne dans la seconde.
Miraflores est l'étape suivante, à quinze minutes en voiture et à une autre échelle émotionnelle. L'avenue Larco descend jusqu'au malecón en pente douce, bordée de boutiques de créateurs péruviens — Meche Correa pour l'alpaga, Sumy Kujon pour le bijou, Mozh Mozh pour le textile contemporain. Au bout, le malecón proprement dit : cinq kilomètres de falaise au-dessus du Pacifique, des parapentes en l'air les jours clairs, et le Beso de Víctor Delfín, sans doute la sculpture la plus photographiée du Pérou.
La table, sans raccourcis
Lima est une capitale gastronomique, et la formule, usée, cache l'essentiel : la cuisine liménienne ne se comprend pas par les classements mais par la géographie. Un pays organisé en étages écologiques — la côte, le désert, la sierra, la puna, la forêt — verse tout cela sur une seule ville.
Trois tables donnent le rythme du voyageur réfléchi. Central, à Barranco, dont le menu monte et descend les étages écologiques du Pérou ; Maido, à Miraflores, avec la cuisine nikkei dans sa version la plus rigoureuse ; et Mayta, également à Miraflores, où la cuisine de la côte se lit comme un texte. Les trois demandent une réservation deux ou trois mois à l'avance. Avec moins de marge, il existe des options qui n'ont rien de mineur : Astrid&Gastón dans l'ancienne Casa Hacienda Moreyra de San Isidro ; La Mar pour le cebiche du midi ; Cosme pour les vins péruviens que personne ne connaît.
L'erreur courante est d'enchaîner les trois tables en trois soirs. La cuisine péruvienne est dense : chaque dégustation est un voyage de trois heures, pisco au départ et un dessert final qui déroute. Nous suggérons une table par soir, avec des déjeuners brefs — le comptoir du Cala à Barranco, le Sonia de Chorrillos pour du poisson du jour et du riz blanc — pour ne pas arriver saturé au dîner.
La cuisine liménienne ne se comprend pas par les classements, mais par la géographie : un pays en étages, renversé sur une table.
Kada Travel
Deuxième jour : le centre, et ce qui l'a précédé
Le deuxième jour commence dans le centre historique. La Plaza Mayor — longtemps appelée Plaza de Armas — est entourée de la cathédrale, du Palais du gouvernement, du Palais archiépiscopal et de l'Hôtel de ville. L'essentiel n'est pas dans les édifices mais dans les balcons : des balcons fermés de cèdre sculpté, d'une tradition mudéjare arrivée par l'Andalousie mais taillés ici, restaurés dans les années quatre-vingt-dix. La Casa de Aliaga, seule maison coloniale habitée par la même famille depuis 1535, ouvre ses salons aux visites privées ; il faut réserver.
Après le déjeuner — le Bar Cordano pour la tradition populaire, le marché de Surquillo pour le cebiche à côté de sa source —, l'après-midi est au musée. S'il n'y a de temps que pour un seul, nous recommandons le Larco. La collection Rafael Larco Hoyle, dans une demeure du XVIIIe siècle à Pueblo Libre, réunit quarante-cinq mille pièces précolombiennes — céramique, or, textile — et compte parmi les rares réserves de musée ouvertes librement en Amérique latine. S'il y a du temps pour deux, le MALI, au Parque de la Exposición, avec la meilleure collection républicaine du pays.
Pour qui n'a jamais foulé un site précolombien, la route de Pachacámac le deuxième jour est indispensable. À trente-cinq kilomètres au sud de Lima, sur la voie côtière, se dresse le plus important sanctuaire préinca de la côte centrale : une ville cérémonielle occupée depuis l'an 200, avec un temple du Soleil inca posé sur des temples plus anciens. Partez tôt pour être à la grille à l'ouverture, les premiers à entrer : la visite privée avec un archéologue du musée de site dure deux heures et coûte une matinée entière — mais c'est le genre de visite qui réordonne tout le reste du voyage au Pérou.
Troisième jour (en option) : Barranco à fond
Qui dispose de la troisième nuit consacre une journée à Barranco. Le quartier — ancienne station balnéaire républicaine — concentre aujourd'hui la scène artistique contemporaine de Lima. Le Musée d'art contemporain (MAC), petit mais bien tenu, est dans la partie haute. Le MATE présente des expositions temporaires de mode et de portrait, et a un café de patio. Les galeries — Lucía de la Puente, Wu Galería, Yvonne Sanguineti — se concentrent sur l'avenue Sáenz Peña et la rue Domeyer.
Loger à Barranco demande une décision consciente. L'Hotel B — une maison républicaine de 1914 reconvertie autour d'une collection d'art — est le seul cinq-étoiles du quartier, et il vaut les deux nuits. La piscine du toit, les dîners dans le salon de la demeure, le petit-déjeuner au patio : tout y est construit comme une maison privée plutôt que comme un hôtel.
Où dormir, lequel choisir
Trois maisons concentrent nos voyageurs à Lima. Le Country Club Lima Hotel, à San Isidro — tradition, bibliothèque, bar historique — pour qui aime la liturgie. Le Belmond Miraflores Park, sur le malecón — vue sur le Pacifique, piscine au bord de la falaise, service international — pour qui arrive au Pérou la première fois. L'Hotel B, à Barranco — art, intimité, demeure — pour qui revient.
Pour qui fait surtout étape, Miraflores offre plusieurs quatre-étoiles honnêtes sur l'avenue Larco et près de Larcomar : l'emplacement plutôt que l'atmosphère, ce qui se défend parfaitement pour une seule nuit.
Une note sur les temps de trajet
Lima est une ville de circulation. La distance entre Miraflores et le centre historique — dix kilomètres sur la carte — se parcourt en quinze minutes au lever du jour et en quarante-cinq à cinq heures de l'après-midi. Cela réordonne les itinéraires : les visites du centre se font toujours tôt (le Palais archiépiscopal ouvre à neuf heures), les dîners se réservent près de l'hôtel, et la dernière nuit se passe près de l'aéroport si le vol est matinal — le Costa del Sol Wyndham, à l'aéroport même, a un restaurant honnête et évite de se lever plus tôt que nécessaire.
Trois jours à Lima sont la frontière entre le voyageur pressé et le voyageur réfléchi. Deux jours laissent voir la ville ; trois jours permettent à la ville de rendre au voyageur son regard. Et cela, à Lima, change tout le voyage au Pérou.
Écrit par Kada Travel Editorial
Questions Fréquentes
Oui, dans les zones habituelles — Larcomar, le malecón, la rue Berlín à Miraflores ; l'avenue Sáenz Peña et le parc municipal à Barranco. Nous recommandons un taxi ou une application pour rentrer après minuit, par commodité plus que par crainte.
San Isidro pour le voyageur institutionnel ou d'affaires, Miraflores pour un premier séjour, Barranco pour qui revient. Les trois sont à trente à soixante minutes de l'aéroport selon la circulation.
Les réservations ouvrent deux à trois mois à l'avance sur leurs sites officiels. Pour nos voyageurs, l'équipe s'en charge dans le cadre du voyage : nous fixons le jour et l'heure au moment de construire l'itinéraire.
Oui, mais avec un guide privé et toujours le matin. La Plaza Mayor, les balcons coloniaux, la Casa de Aliaga, San Francisco et ses catacombes, le couvent de Santo Domingo : trois heures suffisent. Sans guide, la visite reste courte.
Le Museo Larco. La collection précolombienne la plus complète de Lima, dans une demeure du XVIII<sup>e</sup> siècle à Pueblo Libre. Il a en outre un restaurant honnête pour le déjeuner, dans le jardin du musée, qui clôt bien la visite.
Deux au début du voyage et, si la logistique le permet, une à la fin. Deux nuits au départ donnent le temps d'une table, d'un musée et d'un quartier. La nuit finale, si le vol international part tard, laisse la marge d'un dernier dîner tranquille.
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