
Destinations· 7 min de lecture·20 décembre 2024
Le vol du condor dans le Colca, sans la foule
Comment arriver avant les huit cents visiteurs quotidiens — et où regarder quand les autocars repartent.
Par Kada Travel Editorial
À six heures quarante-cinq du matin, au belvédère de la Cruz del Cóndor, il y a trois personnes et un garde du parc. La lumière n'est pas encore entrée dans le canyon — le soleil se lève derrière le Mismi et met une demi-heure à atteindre le fond — et les condors dorment dans les niches de la paroi nord, invisibles pour qui ne sait pas où regarder. Il fait quatre degrés, le vent d'altitude se fait déjà sentir, et le silence est si dense qu'on entend le río Colca trois kilomètres plus bas. C'est la version du Colca que la plupart des visiteurs ne voient jamais : celle d'avant les autocars.
Le belvédère de la Cruz del Cóndor reçoit huit cents visiteurs par jour en haute saison, concentrés entre neuf et onze heures. Les autocars des tours en groupe quittent Arequipa à cinq heures — trois heures et demie de route, avec souvent un arrêt petit-déjeuner à Chivay — et arrivent au belvédère juste quand les condors commencent à s'envoler. La sensation, pour le voyageur qui a payé un séjour de luxe, ressemble à celle du Machu Picchu en circuit 2 : la faune est là, mais l'expérience se dilue dans la foule.
La vraie fenêtre de l'aube
Le condor des Andes — Vultur gryphus, jusqu'à trois mètres d'envergure adulte, douze à quinze kilos — ne peut pas voler sans aide thermique. Ses ailes sont faites pour planer, non pour battre. Il dépend donc des courants ascendants qui se forment sur les parois du canyon quand le soleil chauffe la roche et crée un écart de température entre le fond et le rebord. Cet écart n'est réel qu'à partir de sept heures et demie ; avant, les condors restent immobiles.
La fenêtre optimale d'observation va de huit heures à neuf heures et demie. Avant, les condors bougent à peine. Après, les courants les emportent et on les perd de vue. Les autocars arrivent à neuf heures et demie, juste sur le fil : ils voient un ou deux vols avant que le groupe reparte. Qui se lève tôt — en arrivant au belvédère entre six et sept heures — attrape la pré-lumière, le réveil des condors dans leurs niches et les premiers vols sans personne autour.
Pour le voyageur logé au Belmond Las Casitas ou au Colca Lodge, le départ de l'hôtel se fait à cinq heures et demie. Le chauffeur privé conduit au belvédère en quinze minutes. Arrivée à six heures quarante-cinq. Les condors s'éveillent vers sept heures quarante. Les premiers autocars arrivent à neuf heures vingt-cinq.
Tapay : le belvédère alternatif
À trente minutes de voiture du belvédère principal, sur l'autre versant du canyon, se trouve celui de Tapay. Peu de visiteurs le connaissent, et moins encore y parviennent : la piste est en terre, il faut un 4x4, et le guide doit s'entendre avec la communauté locale. La vue est complémentaire — les condors qui volent le matin au-dessus de la Cruz del Cóndor passent près de Tapay dans la journée — et l'altitude plus basse (3 500 mètres) les rapproche de l'observateur.
Nous recommandons Tapay au voyageur qui a déjà fait la Cruz del Cóndor et veut une seconde vue. À combiner avec le déjeuner au restaurant communautaire de Tapay (cuisine collagua traditionnelle, paiement direct à la communauté). C'est la version la moins fréquentée du Colca, et celle qui rapporte le plus directement aux villages de la vallée.
À quoi ressemble vraiment l'observation
La population actuelle du canyon compte environ cent vingt condors, selon le dernier recensement du Service national des aires protégées (SERNANP). Un bon jour, douze à vingt oiseaux passent devant le belvédère. Un jour ordinaire, cinq à huit. Un mauvais jour (pluie, nuages bas, vent du sud), zéro à deux.
Le condor n'apparaît pas en formation : il vole seul ou en couple, en larges cercles au-dessus du canyon, en profitant de la thermique. La distance minimale au belvédère est de quarante mètres (quand l'oiseau longe le rebord) et la maximale d'un kilomètre (quand il survole le centre du canyon). Pour la photographie, l'objectif recommandé est un 200-400 mm. Plus court, pas de détail ; plus long, il faut un trépied, à cause de la faible lumière de l'aube.
Ce que l'on voit, par ordre de probabilité : des condors adultes (tête nue, collerette blanche, plumage noir brillant), des juvéniles (plumage brun sombre, sans collerette, ils prennent le plumage adulte vers sept ans), des aigles noirs (plus petits, à la tête emplumée), des urubus noirs (les plus communs, faciles à confondre de loin avec de jeunes condors).
Le condor n'est pas une attraction. C'est une population résiduelle qui survit dans ce canyon parce que les villages collaguas ont décidé, il y a cinquante ans, de ne plus empoisonner les charognards.
Kada Travel
Pourquoi le condor est ici
Le Colca est l'un des rares endroits du Pérou où le condor des Andes survit en nombre étudiable. La raison est historique plus que biologique : dans les années soixante-dix, une campagne agraire a encouragé l'empoisonnement des charognes pour protéger le bétail, et la population andine du condor a chuté de soixante-quinze pour cent en trente ans. Dans le Colca, les communautés collaguas ont résisté à cette campagne et ont continué d'offrir les carcasses d'animaux morts en tribut — une tradition pré-inca qui voit dans le condor le messager des apus, les esprits des montagnes.
Aujourd'hui, le canyon est un sanctuaire reconnu. La population reste stable — elle ne croît pas, mais ne décline pas non plus — et la présence constante des visiteurs contribue au financement de la réserve. Le paradoxe est que le tourisme de masse, qui dilue l'expérience, est aussi ce qui paie la conservation. La sortie du voyageur attentif à l'aube n'est pas qu'une façon d'éviter la foule : c'est la version qui réduit le dérangement sans retirer un sou au sanctuaire.
Ce qui compte, ce qui ne compte pas
Ce qui compte : se lever tôt, ne pas espérer la photographie parfaite sans matériel professionnel, ne pas s'approcher du rebord (la roche est instable) et ne pas applaudir quand un condor passe près (cela les dérange et peut les éloigner du belvédère pour de bon).
Ce qui compte moins : voir vingt condors. Cinq vols à bonne hauteur, sans personne autour, dans la lumière dorée de l'aube, valent mieux que vingt vols noyés dans le bruit de deux cents visiteurs. Ce dont le voyageur se souviendra en rentrant, ce n'est pas le décompte, mais le silence du canyon à sept heures du matin, avant que le premier condor n'ouvre les ailes.
Écrit par Kada Travel Editorial
Questions Fréquentes
Entre 6 h 45 et 7 h 30. Plus tôt, les condors dorment et la lumière ne permet pas de les voir. Après 9 h 30 arrivent les autocars. La fenêtre de solitude et de lumière dorée, c'est ce créneau de quarante-cinq minutes.
Oui. Le billet touristique de la vallée du Colca coûte 70 soles (19 USD) et donne accès au belvédère et aux autres sites de la vallée pendant deux jours. Il s'achète à Chivay en entrant dans la vallée. Aucun supplément à l'aube.
Pas vraiment. La fenêtre d'observation demande de la patience : quatre-vingt-dix minutes sur place, c'est le minimum. Quinze minutes, c'est probablement zéro condor. Si le temps ne permet pas d'attendre, mieux vaut y renoncer et consacrer ces heures aux terrasses ou aux bains thermaux.
Le belvédère d'Antahuilque (à 15 minutes de la Cruz del Cóndor), celui de Tapay (sur l'autre versant du canyon), ou une seconde sortie à l'aube le lendemain. Les hôtels de la vallée offrent cette deuxième tentative sans supplément si le premier jour n'a rien donné.
Oui, en moins grand nombre. La fenêtre de l'après-midi va de 16 h à 17 h 30, quand les condors regagnent leurs nids. Moins spectaculaire qu'à l'aube, mais plus intime si la météo s'y prête.
Les condors ne volent pas sous une pluie continue. Si la pluie cesse après l'aube, l'observation peut être sauvée. Nous recommandons la saison sèche (de mai à octobre) pour s'assurer l'expérience.
Concevez Votre Voyage
Concevez votre voyage sur mesure au Pérou
Nous échangeons. Nous écoutons. Puis nous concevons un itinéraire qui n'appartient qu'à vous.
Commencer à Planifier

